Table Ronde CLAFV - Impressions

Je me suis rendue le Jeudi 15 Novembre à la table ronde organisée par le CLAFV au Collège Champittet. Le thème de cette table ronde était Égalité aujourd'hui : Comment sortir -enfin- de l'impasse ? La discussion a été modérée par Camille Andres et accueillait 6 invité·e·s.

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Le CLAFV signifie Centre de Liaison des Associations Féminines Vaudoises, ce centre est une association faîtière qui cartographie les différentes associations, coordonne et organise les actions entre elles depuis 1961. Les associations couvrent divers aspects comprenant le politique, le social, l'économie. Pour découvrir les associations membres, cliquez-ici.

Sortir de l'impasse ?

Depuis la vague #MeToo on remarque une expression de ras-le-bol, si l'on constate une prise de conscience il faut encore des actions pour améliorer la situation. Concernant l'égalité des salaires, la dernière loi passée concerne les entreprises de plus de 100 employé·e·s; cela couvre moins de la moitié des employé·e·s en Suisse. Dans le débat public, on n'entend pas parler de congé parental, ni de cours d'égalité à l'école. Il est même impossible de parler d'écriture inclusive ou de langage épicène.

I- Education

Afin de parler de ce sujet les invité·e·s étaient : Eglantine Jamet, co-fondatrice d'Artemia, un cabinet de recrutement féminin et de conseil en entreprises et Docteure en Sciences sociales, spécialiste du Genre et Pascal Gygax, professeur à l'Université de Fribourg, spécialiste en psycholinguistique et en psychologie sociale.

  • Comment se construisent les inégalités ?
    Notre système se repose sur une catégorisatoin binaire couplée avec une hierarchie entre les deux catégories. Les stéréotypes sont attribués à chacune : ils sont forts notamment à cause de l'héritage et les représentations médiatiques (par exemple les jouets, les activités, les livres qui sont davantage segmentés qu'il y a 20 ans). On note les modèles de leaderships qui en sont imprégnés : si certains hommes ne cherchent pas à atteindre une position de leadership, la plupart des femmes n'y ont même pas accès.
  • Pourquoi les stéréotypes se sont renforcés ?
    Si les médias et le marketing viennent d'être cités, les éléments suivants ont été ajoutés : le "backlash" représentant le va-et-vient dans la lutte pour le droit des femmes, la période de crise, fragilisée (les différences entre les classes sociales ou de nationalités sont plus floues, la différence femme-homme est la dernière à laquelle se "raccrocher" pour trouver des repères). Le problème est que la causalité est mal comprise : on dit que si les femmes sont si nombreuses dans les métiers sociaux c'est parce qu'elles sont plus soucieuses du bien-être des autres, mais c'est pas parce qu'elles seraient soucieuses des autres qu'elles vont aller vers ces métiers. On entre alors dans une boucle qui renforce les stéréotypes. Une précision a été ajoutée : il n'y a pas que le sexisme mais également l'androcentrisme. Tout tourne autour des hommes, l'égalité n'existe pas, l'androcentrisme est partout. Un exemple clair est celui des habits : lorsque l'on parle de la neutralité des habits, on entend les habits portés par les hommes.

Lors d'une réunion, il y avait 3 ou 4 femmes au lieu de 1 ou 2 habituellement : les hommes avaient l'impression d'être en minorité, alors qu'ils étaient plus nombreux !

  • Quels conseils pour l'éducation de l'égalité ?
    On peut changer les schémas quand on en prend conscience. Tous les stéréotypes sont intégrés dès le plus jeune âge et entretenus par l'environnement. Il faut prendre un pas de recul et ne pas culpabiliser. Nous ne sommes pas responsables de notre héritage mais nous sommes responsables de les perpétuer sans réfléchir ou de les changer. Il faut remettre la question de l'égalité au centre du débat social et non comme une question marginale. Pour les professeur·e·s, on utilise le fait que l'égalité est inscrite dans la Constitution Suisse et donc constitue une mission d'enseignement et non un attachement personnel afin de les engager dans cet enseignement. De manière pratique :
  1. l'exposition : changer les manuels scolaires en augmentant la représentation des femmes dans tous les domaines. On sait que les enfants intègrent ces modèles, par exemple aux Etats-Unis, les enfants nés lors de la présidence de Barack Obama ont intégré que le président comme étant noir.
  2. le choix : il ne faut pas mettre de barrière si un jeune garçon souhaite jouer à la poupée par exemple.
    Il est noté que dès 12 ans, les schémas identitaires sont très forts mais que dès 16 ans on rencontre déjà des questionnements sur ces schémas, avec cette anecdote :

Une jeune fille se met à pleurer, "J'ai toujours voulu faire du foot, toute ma vie, mon père m'a interdit", elle a dû faire de la danse.

II - Prévention

Cette partie accueillait Isabelle Chmetz, Responsable du centre d'acceuil Mally-Prairie pour les femmes victimes de violences (1200 consultations et 200 hébergements), Valérie Vuille, Représentante de DécadréE, une association défendant l'égalité femme-homme dans les médias et Sigolène Chavanne, co-fondatrice d'Artemia.

Entre 2009 et 2016, en Suisse, une femme meure toutes les semaines sous les coups de son compagnon.

  • Pourquoi la violence est autant installée ?
    La violence domestique s'installe progressivement mais l'attachement très fort et la confiance rend cette violence presque indétectable. Ces violences peuvent être psychologiques, de contrôle, financières, physiques, sexuelles etc. C'est un outil de renfort des inégalités. On pense souvent aux insultes, aux coups mais il faut aussi considérer les injonctions quotidiennes : le harcèlement de rue, l'obligation de sourire, la difficulté de marcher seule dans la rue de nuit etc. On note aussi le traitement des violences sexistes par les journalistes : les termes "drame familial" ou "crime passionnel" atténuant l'aspect violent.
    En entreprise, on a à la fois un sexisme ordinaire (les comportements qui renvoient les femmes à un statut inférieur) et un sexisme bienveillant (ne pas promouvoir une femme parce que les responsabilités sont trop grandes, la "fausse protection" est une injonction à "rester à sa place"). Ils sont rarement intentionnels, "on ne sait pas ce qu'on fait faux dans nos réflexes". Concernant le harcèlement sexuel, il y a très peu d'informations mais cela représente beaucoup de comportements (montrer des images à caractère sexuel, faire des propositions sexuelles à des collaboratrices, etc). Dans l'entreprise, s'opposer à ces comportements est encore plus violent à cause de la hierarchie. Quand une femme s'exprime, les responsables sont déplacés ou quittent leur emploi discrètement. Le problème est déplacé mais pas durablement réglé.
  • Comment sortir de la structure de Pouvoir-Domination-Violence ?
    Il faut être conscient·e de la violence et c'est très délicat. C'est régulièrement lors de la prise de conscience que les homicides ont lieu car c'est le moment où le pouvoir se perd. En entreprise, on se sent souvent "anormal" dans l'inconfort et l'isolement. Il est courant de voir les paroles se libérer à la première personne qui ose s'exprimer. Pour faciliter cela, on peut avoir recours à des groupes de parole. Les hommes peuvent également agir et ne pas suivre la pression du groupe.

III - Action

Cette discussion accueillait Michela Bovolenta, Responsable du Droit des Femmes au syndicat des services pubics et détentrice du Prix des Droits Humains du magazine Le Courrier.

  • Comment fait-on pour réussir la Grève des Femmes ?
    Il faut s'y mettre toutes ! Ce sera grâce à l'accumulation des énergies. Cette grève va servir à relancer le processus vers l'égalité. Les femmes assument beaucoup de tâches, notamment la charge mentale, la prise en charge des enfants, etc : la grève sert à visibiliser toutes ces actions. Il faut que l'égalité soit à la fois au travail et à la maison : en 1991, les femmes ont amené leur corbeille de linge au travail et les collègues masculins l'ont repassé. Le 14 juin 2019, il s'agira de parler de travail rémunéré et non-rémunéré : ce sera une journée sans travail ni à l'emploi ni à la maison. Il y a des collectifs constitués dans toute la Suisse Romande. Pour les hommes, c'est à eux de proposer comment ils veulent participer.

Lors de la manifestation similaire à Madrid, des associations gay ont tenus des garderies et aires de repos pour aider lors de la manifestation (proposé et organisé par eux).

  • Si on veut participer ?
    Vous trouverez sur le site national (https://frauenstreik2019.ch) une page par collectif cantonal. Il y a également une page Facebook.
    Le collectif vaudois organise le 24 Novembre, une marche contre les violences faites aux femmes dans Lausanne. Pour plus d'info : Event Fb

Questions du public

Je relèverai deux points des questions. Tout d'abord la revendication du "droit d'être en colère" quand on dit que la remarque est sexiste. Ensuite, une anecdote :

J'ai compris que lorsqu'une copine annonce sa grossesse et la baisse de son temps de travail, j'allais systématiquement me tourner vers le père et demander "Et toi, tu descends à combien ?"